Urgences saturées, un manque de vision
Le service des urgences de l’Hôpital, un témoignage de plus …
Le service des urgences de l’Hôpital de ……. a connu une vive tension en cette fin de mois d’août 2024. Saturé pendant plusieurs jours, le service des urgences respire un peu mieux en cette fin de semaine. Mais les patients qui ont connu le pic d’activité ont eu une prise en charge dégradée.
M…. n’entend surtout jeter la pierre sur le personnel dont elle a pu mesurer le dévouement. « Je ne suis pas une enquiquineuse , assure-t-elle ». Mais M…., 86 ans, n’entend pas taire une situation qui, par sa récurrence, pourrait tendre à être banalisée.
« Des gens pleuraient. Je suis arrivée à 11 heures. Les conditions étaient vraiment épouvantables. Il y avait plusieurs dizaines de personnes dans les couloirs, des gens pleuraient. C’était comme un parc à bestiaux… On a alors simplement envie d’arracher les tuyaux qu’on nous a posés et de repartir chez soi, malgré la souffrance… J’ai finalement pu passer un scanner à 17 heures. Mais entre les deux, jamais on ne m’a proposé un verre d’eau et encore moins une collation ».
Des services ne sont pas ouverts, faute de soignants déclare le responsable des urgences.
À l’issue de son examen, M…. a été priée d’aller se rhabiller dans les toilettes. « C’était humiliant, dégradant. Mais comment faire autrement ? Toutes ces infirmières qui courent dans les couloirs… Elles ne savent plus où donner de la tête. Ce n’est pas leur faute ».
Sollicité sur cet épisode, le responsable des urgences l’explique par une conjonction de plusieurs phénomènes. La période des congés ne facilite pas les choses. Mais le problème, depuis un moment, c’est le manque de personnels infirmiers. Des services ne sont pas ouverts, faute de soignants. Ce n’est pas une mauvaise volonté de l’institution. Elle aboutit toutefois à des situations choquantes pour des familles, à l’image de cet octogénaire récupérée par ses proches en robe de chambre sur le parking de l’établissement durant l’été.
L’engorgement aux urgences est donc lié à un manque de lits en aval. En moyenne, il nous faut pouvoir réaliser une dizaine d’entrées en médecine, depuis les urgences. Pendant plusieurs jours, nous n’avions qu’une à deux places disponibles.
Une cellule de crise a été activée face à cette saturation. Il y a eu une mobilisation des médecins de l’hôpital, qui ont fait sortir des patients un peu plus tôt. Et puis l’activité aux urgences a aussi un peu faibli. Si bien que ce vendredi, le couloir des urgences est vide.
Le responsable des urgences ne peut que constater le caractère chronique de ces périodes tendues. Il y voit l’expression d’une crise systémique. Aujourd’hui, les capacités maximales des hôpitaux sont calées pour absorber une activité moyenne. Elles ne peuvent pas supporter un pic.
Si l’état du système de santé était correct, les lits seraient occupés à 90 % en période ordinaire, pas à 100 %. Derrière se pose la question d’une adaptation sociétale. Prenons l’exemple des Ehpad, ils ont été pensés pour accueillir 30 % de résidents présentant des soucis médicaux et 70 % de personnes autonomes. La proportion est aujourd’hui inversée. Les Ehpad étant sous-médicalisés, on transfère vers les urgences…
Le personnel souffre aussi
Les témoignages de patients ou de proches de personnes mécontents de la prise en charge en milieu hospitalier ne sont pas propres à l’Hôpital …. . Dans cette configuration, le personnel hospitalier souffre. Faire un boulot en n’étant pas fier du résultat, c’est pénible. Le personnel a le sentiment de maltraiter les patients, tout en faisant le maximum .
C’est encore un domaine où il aurait fallu avoir une vision à long terme pour mettre en place des solutions qui ne produisent leurs effets que dans le temps. Il faudrait savoir sortir d’une appréciation trop comptable à court terme.
J-P.B.