Les 80 ans de la sécurité sociale, où en sommes-nous ?
Les Échos des Retraités n° 205 mars 2026
La Sécurité sociale fête ses 80 ans. L’occasion d’analyser ses finances : le fameux « trou de la Sécu » était jusqu’à présent causé par des crises économiques ou sanitaires. Mais depuis l’an dernier, les comptes se dégradent, sans raison externe.
Ses dépenses (666 milliards d’euros) excèdent ses recettes (644 milliards). La différence (près de 22 milliards), c’est le déficit attendu en 2025. Il provient de deux branches pesant plus de trois quarts des dépenses : la branche maladie (- 16 milliards) et la branche retraite (-5,7 milliards). Quant aux autres branches, elles oscillent entre équilibre (accidents du travail), léger excédent (famille) ou léger déficit (autonomie).
Pourquoi les branches maladie et retraite sont-elles en déficit ?
En raison du vieillissement de la population, le nombre de personnes de 75 à 85 ans va s’accroître de 50 % d’ici 2030. Par ailleurs, certains médicaments innovants peuvent être très intéressants, mais aussi très coûteux. Et une revalorisation des professions de santé, à hauteur de 13 milliards par an, a été décidée en 2021, sans nouvelles recettes.
En quoi la situation est-elle inédite ?
Par le passé, le célèbre « trou de la Sécu » se creusait lors de chocs externes : crise financière en 2008, Covid en 2020 etc. Mais depuis l’an dernier, les déficits s’enchaînent, sans crise majeure. Leur accumulation creuse une dette. Pourtant, la Sécu n’est pas censée avoir une dette, à la différence de l’État, qui peut faire éternellement « rouler sa dette » (emprunter pour rembourser le capital arrivant à échéance). La Sécu, elle, doit rembourser un jour le capital emprunté, pour ne pas faire peser sur les générations futures les dépenses de redistribution d’aujourd’hui. D’où la création en 1996 de la Cades (Caisse d’amortissement de la dette sociale).
Comment fonctionne la Cades ?
Quand la dette gonfle trop, le Parlement la confie à cet organisme, doté de ressources fiscales (environ dix-neuf milliards par an), afin de la rembourser. Au total, six reprises de dettes ont eu lieu (400 milliards). La dernière date de 2020 : 136 milliards (remboursables en 2033), afin de couvrir les déficits jusqu’à mi-2023. Mais depuis, la dette a, de nouveau, gonflé de façon inquiétante : 54 milliards et il devient souhaitable de la transférer à la Cades. Pour cela, il faut une loi, s’accompagnant d’une stratégie de rééquilibrage, qui pourrait passer par un petit effort de chacun des acteurs : patients, professionnels etc. Mais l’atomisation de l’assemblée complique la situation.
Et en attendant ?
Les 54 milliards de dettes sont gérés par l’Urssaf, en charge de la trésorerie de la Sécu. Pour rembourser les échéances, elle réemprunte sur deux ans au maximum (elle n’a pas le droit d’emprunter à long terme). Mais les prêteurs à court terme sont moins nombreux. Risque-t-on l’insolvabilité ? À ce stade, l’Urssaf n’a pas de difficulté pour trouver des prêteurs et les prestations sont versées.
J-P.B.